Certes Mayotte est une société matriarcale mais ce sont les hommes qui dominent et dirigent l’ile politiquement et économiquement. Quant aux femmes, elles élèvent et éduquent les futurs dirigeants en général sans le soutien de leurs maris car étant polygames, ils doivent partager leurs temps avec plusieurs familles. Mayotte ne serait pas devenue française sans Zena M’Dere et le mouvement des « chatouilleuses »

Dans ma famille, nous avons une chance inouïe car notre père a toujours été présent et n’a eu ses enfants qu’avec une seule femme à savoir ma mère. Je tiens à dire que sans l’aide et le soutien de mon père, je n’aurai pas réalisé la moitié de mes rêves. Mon père fait partie des exceptions qui confirment la règle c’est à dire qu’il a souhaité avoir une grande famille et il a rempli sa mission de père de nous éduquer, nous encourager pour que l’on devienne tous et toutes indépendants. Mon père m’a inculqué des valeurs morales que j’espère transmettre à mes enfants, celles du travail, de la justice, du succès, du respect, de l’honneur et des valeurs entrepreneuriales. Mon père n’a jamais douté un seul instant de mes capacités intellectuelles. Par exemple, le jour de l’examen du baccalauréat, j’étais bien entendu nerveuse, me suis mise à pleurer et ma maman m’a rassurée et réconfortée que tout allait bien se passer. Tandis que l’approche de mon père n’était pas du tout maternelle car il m’affirma la chose suivante : « pourquoi tu pleures? Tu sais très bien que tu vas réussir ton bac ». A l’époque, j’avais trouvé cette remarque très blessante puisque j’avais besoin de réconfort. Avec le recul, j’ai enfin compris que mon père présentait que sa petite fille transformerait sa famille à tout jamais. Si on analyse les faits, il est vrai que je suis le seul enfant de la famille ayant fait des études supérieures, ayant le plus voyagé et vécu dans 3 pays différents, parlant 4 langues et dirigeant une entreprise avec son compagnon. Vous comprendrez le choc ou même la semi dépression quand mon père cessa de me parler pendant 2 longues années. Avec le recul, Je pense avoir accepté la réaction de mon père mais en tant qu’enfant, j’ai encore du mal à justifier comment on peut décider consciemment de faire du mal à ses propres enfants. Lors d’une visite très brève à Mayotte, plus precisemment12 jours parce que c’étaient les seules vacances que mon employeur de l’époque pouvait m’accorder. Figurez- vous que j’avais économisé pendant des mois pour pouvoir me payer ce voyage et les cadeaux. L’accueil de la part de mes parents fut très froid « pourquoi restes-tu que 12 jours? Tu aurais mieux fait de ne pas venir ». Vous pouvez vous imaginer à quel point j’ai souffert de cet accueil. Encore une fois avec le recul et ma maturité, j’ai fait le point et j’en ai conclu que l’ile entière faisait face à une période très turbulente.
Eté 2011, presque tout Mayotte décida de se révolter contre la vie chère en bloquant les routes et en empêchant les magasins de servir les clients ou encore en forçant la fermeture des administrations, en gros une situation très chaotique. Et c’est à ce moment-là qu’arriva la « je viens de « qui avait besoin de se ressourcer dans son ile d’origine loin de la vie stressante de la capitale de la Grande Bretagne. Un mélange explosif! J’avais observé que tout le monde était devenu agressifs. Les syndicats et les hommes politiques alimentaient cette agressivité. Ainsi, j’ai voulu calmer les choses au sein de ma famille et remettre les choses en perspective, ce qui allait à l’encontre des coutumes et la manière dont la société fonctionne. Si les hommes politiques et les syndicats disent que la raison pour laquelle la vie est chère à Mayotte c’est parce que le gouvernement français détestent les mahorais et les punit d’avoir voté en faveur de la départementalisation, ce qui est faux! La réalité c’est que Mayotte n’était pas prête de devenir un département et les homes politiques se sont bien gardés d’expliquer les conséquences aux mahorais car ils voulaient sauvegarder leurs propres intérêts au lieu des intérêts communs. Par ailleurs, la population a tendance d’oublier que l’ile n’est désormais plus isolée et qu’elle fait partie d’une économie globale. L’économie globale à l’époque était en pleine récession, ce qui avait affecté et affecte toujours les prix mondiaux. Il semblerait que les gens oublient que presque tout est importé; que ce soit de l’Afrique du Sud, du Brésil ou de la France métropolitaine et cela a un coût! J’ai osé avancer ces arguments à mon père qui était en faveur de la paralysassion au sein de l’ile sans prendre en compte les effets négatifs. Avec l’usage croissant d’internet et des réseaux sociaux plus précisément de Facebook, les rumeurs circulent très vite et la réputation de l’ile a été profondément endommagée par ce genre d’action. Il m’a été impossible de convaincre ma famille plus particulièrement mon père. A ses yeux, j’étais devenue une étrangère qui reniait sa culture et ses origines. Il pensait que j’allais systématiquement adopter son point de vue mais je suis une adulte capable de former mes propres opinions et de les exprimer librement. Il était persuadé que mon retour à Mayotte était définitif et que j’allais abandonner ma vie à Londres et l’ homme qui m’aime, me traite comme une reine et me respecte. Beaucoup aurait céder sous la pression et je les comprends mais sachez que nos parents nous ont éduqués pour que l’on puisse prendre nos propres décisions et pour la même occasion pour que l’on puisse se battre pour nos propres convictions. Deux ans c’est très long pour ne pas adresser la parole à un être qui nous est très cher. J’en ai beaucoup souffert. Il y’a eu plusieurs phases dans ma souffrance, une phase de colère, phase de tristesse et une phase de compréhension. En sommes, mon père est très fier de moi et il aimerait le crier haut et fort au monde entier mais la société le freine et l’oppresse pour ne pas exprimer sa joie et sa fierté d’être le père d’une femme dévouée, déterminée, ambitieuse, libre et qui défend ses convictions!
Ce désaccord avec mon père m’a non seulement forgé le caractère et m’a pris a toujours suivre mon instinct et mes rêves et toujours vivre selon les règles de vie que je me suis fixées non celles que la société, les amis, la famille et les parents veulent me fixer. J’ai compris que parfois les gens sont méchants ou deviennent malencontreusement nos détracteurs parce que les choix et les décisions des autres les effraient et mettent en avant leurs faiblesses. J’espère sincèrement que la population mahoraise sera plus respective au forum et au festival que nous organisons du 1er au 5 aout pour leur permettre de devenir maitres de leurs destins. En voici le résume de nos objectifs.